Pour cette dernière édition de la saison, The Future of Learning a réuni en présentiel des experts RH, Learning et transformation pour faire le point sur les évolutions qui traversent aujourd’hui les entreprises. Aux côtés d’Alexia Borg, présentatrice et productrice de l’émission « The Futur Of Learning » , Kevin Bouchareb, spécialiste de la transformation des organisations et chroniqueur habituel de The Future of Learning, Laurent Aufils, directeur des ressources humaines d’Orange Business, Yaëlle Leben, ancienne vice-présidente des ressources humaines pour la région EMEA chez Salesforce, Laurent Saquaris, directeur de la création de Canal+ Brand Solutions, et Feirouz Guettiche, directrice stratégie et transformation chez Capgemini et chercheuse associée à l’IAE Paris-Sorbonne, ont confronté leurs expériences autour de quatre sujets qui occupent désormais une place centrale dans les directions RH : l’évolution des compétences, l’adoption de l’intelligence artificielle, l’engagement des apprenants et la mesure de l’impact des formations.
Derrière ces thématiques se cache une même interrogation. Comment continuer à développer les compétences lorsque les métiers se transforment à un rythme inédit ? Si l’intelligence artificielle s’est naturellement invitée dans les débats, les échanges ont surtout porté sur les changements plus profonds qu’elle accélère. Les organisations recrutent autrement, les collaborateurs apprennent différemment et les responsables formation cherchent de nouveaux moyens d’accompagner ces évolutions.
Des organisations fondées sur les compétences aux usages concrets de l’IA, en passant par la place du manager, le rôle du formateur ou encore la difficulté à mesurer l’impact réel des apprentissages, cette dernière édition de la saison a mis en lumière les principaux défis auxquels les entreprises sont aujourd’hui confrontées.
Transformation des organisations : l'ère des compétences a commencé
Un constat partagé par Laurent Aufils. Chez Orange Business, l’enjeu n’est plus tant d’anticiper précisément les compétences dont l’entreprise aura besoin dans trois ans que de créer les conditions d’une adaptation permanente. Dans un environnement où les métiers évoluent rapidement, la capacité à apprendre devient un avantage compétitif en soi.
Pour Yaëlle Leben, cette adaptation repose en grande partie sur les soft skills et la culture managériale. Les compétences techniques évoluent vite, mais les organisations ont besoin de collaborateurs capables de collaborer, de s’adapter et de continuer à apprendre tout au long de leur parcours professionnel.
Cette transformation est déjà visible sur le terrain. Chez Canal+ Brand Solutions, Laurent Saquaris observe que l’arrivée de l’intelligence artificielle modifie profondément les métiers de la création. Face à ces évolutions rapides, il a choisi de se former très tôt à ces nouveaux outils puis d’accompagner ses équipes afin de faire évoluer leurs pratiques avant même que le sujet ne soit pleinement structuré à l’échelle du groupe.
Enfin, Feirouz Guettiche invite à dépasser l’opposition entre expertise et adaptation. Selon elle, l’expertise reste indispensable, mais elle ne suffit plus. À l’heure où l’accès au savoir est devenu quasi immédiat, le véritable talent réside aussi dans la capacité à s’adapter, à exercer son discernement et à apporter une vision singulière.
L'IA entre expérimentation et structuration
Pour Yaëlle Leben, l’enjeu est justement d’accompagner cette adoption. Chez Salesforce, la formation et la certification permettent aux équipes de s’approprier les outils et d’identifier les tâches qui peuvent être automatisées afin de se concentrer sur des missions à plus forte valeur ajoutée.
Laurent Aufils observe la même dynamique chez Orange Business. Au-delà de la production de contenus, il voit dans les coachs IA et les assistants virtuels un moyen d’intégrer davantage l’apprentissage au travail quotidien. Dans les métiers créatifs, Laurent Saquaris a vu les usages émerger très rapidement. Chez Canal+ Brand Solutions, l’IA s’est progressivement imposée dans les projets des marques. Cette évolution oblige les professionnels de la création à repenser leurs métiers et leurs pratiques, tout en trouvant un nouvel équilibre entre production humaine et capacités offertes par l’intelligence artificielle.
Feirouz Guettiche estime enfin que cette évolution transforme profondément le rôle du formateur. À mesure que l’accès à l’information se démocratise, l’enjeu n’est plus seulement de transmettre des connaissances, mais d’aider chacun à développer son esprit critique et son discernement.
Quand apprendre fait partie du travail
Feirouz Guettiche distingue ainsi deux types d’organisations : celles où l’apprentissage s’ajoute au travail et celles où il en fait pleinement partie. Selon elle, les compétences se construisent autant dans les interactions avec les collègues, l’organisation et les technologies que dans les dispositifs de formation eux-mêmes.
Cette conviction guide également les initiatives mises en place chez Orange Business. Pour accompagner la transformation de ses métiers, Laurent Aufils a lancé un vaste programme d’upskilling et de reskilling visant plusieurs milliers de collaborateurs. L’objectif n’était pas seulement de former, mais de permettre à chacun d’évoluer avec l’entreprise. Chez Salesforce, Yaëlle Leben insiste quant à elle sur le rôle du management. Les managers ont une responsabilité clé dans la création d’un environnement qui encourage l’expérimentation, l’apprentissage continu et l’appropriation des nouveaux outils.
Dans les métiers créatifs, Laurent Saquaris observe la même nécessité d’apprendre en permanence. L’évolution rapide des technologies impose aux équipes de se former régulièrement pour adapter leurs pratiques et conserver leur valeur ajoutée. Pour Kevin Bouchareb, cette transformation remet également en question les approches traditionnelles de la formation. Dans un environnement où les compétences évoluent sans cesse, apprendre devient moins un rendez-vous ponctuel qu’une habitude à développer tout au long de la vie professionnelle.
Mesurer l’impact : la nouvelle frontière du Learning
Pour Laurent Aufils, la montée en compétences n’a de sens que si elle accompagne les transformations de l’organisation. La formation n’est plus un objectif en soi, mais un levier permettant aux collaborateurs d’évoluer vers les métiers et les expertises dont l’entreprise a besoin.
Les nouvelles technologies ouvrent également de nouvelles perspectives. Yaëlle Leben souligne qu’elles permettent de mieux comprendre les usages et de proposer des parcours plus personnalisés, en phase avec les besoins et les attentes de chacun.
Dans les métiers créatifs, Laurent Saquaris observe que l’évolution rapide des pratiques impose une remise en question permanente. Plus que jamais, les compétences doivent démontrer leur utilité et leur capacité à répondre aux nouveaux défis du terrain.
Pour Kevin Bouchareb, cette évolution remet en question les indicateurs traditionnels de la formation. Le nombre d’heures suivies ou les taux de complétion restent utiles, mais ils ne suffisent plus à mesurer la valeur réellement créée pour les collaborateurs comme pour l’entreprise.
Feirouz Guettiche invite enfin à élargir la réflexion. À l’heure où l’accès au savoir est devenu quasi immédiat, l’enjeu n’est plus seulement de transmettre des connaissances, mais de développer la capacité à les questionner, les contextualiser et les utiliser avec discernement. Une qualité qui pourrait bien devenir l’un des principaux marqueurs du talent dans les années à venir.
Conclusion
Face à l’accélération des transformations technologiques, les entreprises ne cherchent plus seulement à développer des expertises. Elles doivent aussi cultiver l’adaptabilité, l’esprit critique, la coopération et la capacité à évoluer dans des environnements de plus en plus complexes.
L’intelligence artificielle n’a pas rendu l’humain moins indispensable ; elle a déplacé la valeur vers ce qui reste difficilement automatisable : le jugement, la créativité, la prise de recul et la compréhension des contextes.
Comme l’a résumé Feirouz Guettiche au cours des échanges, « le défi n’est plus l’accès au savoir. Le défi, c’est la singularité ».
À l’ère de l’IA, le discernement pourrait bien devenir la compétence la plus précieuse de toutes.
Retrouvez un résumé vidéo du sixième RDV The Future of Learning sur le site du Figaro
En pratique
- “The Future of Learning” est un rendez-vous mensuel en ligne, privé et coopératif, animé par Alexia Borg avec son partenaire Newton Agence, Agence de création de formation sur mesure.
- Le format est éditorial, privé et coopératif, destiné à une communauté de DRH, leaders L&D, responsables Innovation et praticiens du Learning.
- Les chroniqueurs récurrents : Philippe Delanghe (IA & Learning), Kévin Bouchareb (innovation France/International), Ninon (outils IA & vidéo pédagogique), Hoss Zaouali (CEO / Connected Labs)